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Ier tract de La Rose Blanche, 1942.

Hans Scholl


Il n'est rien de plus indigne d'un peuple civilisé que de se laisser, sans résistance, régir par l'obscur bon plaisir d'une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n'a pas honte aujourd'hui de son Gouvernement? Qui d'entre nous pressent quelle somme d'ignominie pèsera sur nous et sur nos enfants, quand le bandeau qui maintenant nous aveugle, sera tombé, et qu'on découvrira l'atrocité extrême de ces crimes? Si le peuple allemand est déjà à ce point corrompu et décadent, qu'il abandonne sans opposition, avec une confiance insensée en un déterminisme contestable de l'historie, ce que l'homme possède de plus haut: le libre arbitre et la liberté, refusant de s'insérer dans le cours de l'historie pour la subordonner finalement à sa volonté; s'il est devenu une masse dénuée d'esprit, d'individualité, de courage, alors c'est lui-même qui prépare sa ruine. 

Le peuple allemand, selon Goethe, relève d'une essence tragique comparable à celle des Grecs ou des Juifs. Aujourd'hui, il ressemble plutôt à un troupeau d'hommes, lâches, sans volonté, obéissant à tous les maîtres, prêts à se laisser mener à l'abîme. Ceci n'est qu'une apparence. Par un long système de violation des consciences, on a obligé chaque individu à se taire ou à mentir. Peu d'hommes eurent le courage de dénoncer le mal; ils ont voulu alerter l'opinion: la mort fut leur seule récompense. Il y aura encore beaucoup à dire sur le destin de ces héros. 

Si chacun attend que son voisin commence, nous verrons se rapprocher le jour terrible de la vengeance. On aura jeté la dernière victime dans la gueule du démon, sacrifice absurde, démon insatiable. Aussi faut-il que tout individu prenne conscience de sa responsabilité en tant que membre de la civilisation occidentale chrétienne; qu'il se défende, en cette derrière heure, selon tous ses moyens; qu'il combatte ce fléau de l'humanité , le fascisme, ou tout autre système de dictature semblable. Où que vous soyez, organisez une résistance passive, - une Résistance -, et empêchez que cette grande machine de guerre athée continue de fonctionner. Faites ceci avant qu'il ne soit trop tard, avant que nos dernières villes ne soient devenues un amoncellement de ruines, comme Cologne, et que la jeunesse allemande ne disparaisse, immolée à la démence d'un monstre. N'oubliez pas que chaque peuple mérite le gouvernement qu'il supporte. 


On lit dans la Législation de Lycurgue et de Solon de Schiller:

« La victoire politique fut acquise par la négation de tout sentiment d'ordre moral; on orienta les aptitudes individuelles dans ce sens. Il n'y avait à Sparte ni d'amour conjugal, ni d'amour maternel ; l'affection de l'enfant pour le père, de l'ami pour l'ami, était proscrite. Le pays ne comportait que des citoyens, la seule vertu civique régnait. [...] Une loi d'Etat commandait aux Spartiates de se conduire envers leurs esclaves comme des tyrans. L'humanité était outragée et bafouée en ces malheureuses victimes de la guerre. Le code spartiate prescrivait le principe dangereux de considérer les hommes comme des moyens, non comme des fins; par là, on renversait les fondements du droit naturel et la moralité. [...] Quelle belle action que celle du vieux guerrier Cajus Marcius, retiré dans son camp devant Rome, abandonnant sa victoire et sa vengeance parce que la vue d'une mère en pleurs lui était intolérable. [...] L'Etat [de Lycurgue] ne pouvait se maintenir qu'à la soule condition que l'esprit du peuple ne se manifestât pas. Il ne pouvait donc exister qu'en manquant au devoir le plus haut, le seul - d'un Etat. »


Goethe écrit (Le Réveil d'Epiménide, acte deux, scène quatre):

Ce qui émerge de l'abîme

peut prendre forme violente,

et conquérir la moitié du monde:

à l'abîme le mal retourne.

Déjà règne la peur,

les despotes sont perdus

Et tous ceux qui dépendent de la force mauvaise

doivent aussi connaître la mort.


L'espérance:

L'heure est venue où je retrouve,

mes amis assemblés dans la nuit,

pour le silence sans sommeil,

et le beau mot de liberté,

on le murmure, on le bredouille,

jusqu'à la nouveauté inouïe :

sur les degrés de notre temple

nous le crions dans un nouvel enthousiasme:


Liberté! Liberté! Liberté!