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IIIe tract de La Rose Blanche, 1942.

Hans Scholl


Toute conception idéale de l'État est utopie. Un État ne peut pas être édifié d'une façon purement théorique ; il doit se développer et arriver à maturité comme un individu. Il ne faut cependant pas oublier qu'à la naissance de chaque civilisation préexiste une forme de l'État. La famille est aussi vieille que l'humanité, et c'est en partant de cette première forme d'existence communautaire que l'homme raisonnable s'est constitué un État devant avoir pour base la justice, et considérer le bien de tous comme une loi primordiale. L'ordre politique doit présenter une analogie avec l'ordre divin, et la Civitas Dei est le modèle absolu dont il faut, en définitive, se rapprocher. Nous en voulons émettre ici aucun jugement sur les différentes constitutions possibles : démocratie, monarchie constitutionnelle, royauté, etc.... Ceci seulement sera mis en relief : chaque homme a le droit de vivre dans une société juste, qui assure la liberté des individus comme le bien de la communauté. Car Dieu désire que l'homme tende à son but naturel, libre et indépendant à l'intérieur d'une existence et d'un développement communautaire ; qu'il cherche à atteindre son bonheur terrestre par ses propres forces, ses aptitudes originales. 

Notre « État » actuel est la dictature du mal. On me répond peut-être : « Nous le savons depuis longtemps, que sert-il d'en reparler ? » Mais alors, pourquoi ne vous soulevez-vous pas, et comment tolérez-vous que ces dictateurs, peu à peu, suppriment tous vos droits, jusqu'au jour où il ne restera rien qu'une organisation étatique mécanisée dirigée par (des criminels et) des salopards ? Êtes-vous à ce point abrutis pour oublier que ce n'est pas seulement votre droit, mais aussi votre devoir social, de renverser ce système politique ? Qui n'a plus la force de faire respecter son droit, doit, en toute nécessité, succomber. Nous mériterons de nous voir dispersés sur la terre, comme la poussière l'est par le vent, si nous ne rassemblons pas nos forces et ne retrouvons, en cette douzième heure, le courage qui nous a manqué jusqu'ici. Ne cachez pas votre lâcheté sous le couvert de l'intelligence. Votre faute s'aggrave chaque jour, si vous tergiversez et cherchez des prétextes pour éviter la lutte.

Beaucoup, peut-être la plupart des lecteurs de ces feuilles, se demandent de quelle façon rendre effective une résistance. Ils n'envisagent pas de possibilités. (Nous allons vous montrer que chacun est en mesure de coopérer à l'abolition de ce régime. Ne préparons pas la chute de ce « gouvernement » par une opposition individuelle, comme des ermites déçus) Il faut au contraire que des hommes convaincus et énergiques s'unissent, parfaitement d'accord sur les moyens à employer pour atteindre notre but. Nous n'avons guère à choisir entre ces moyens, un seul nous est donné : la résistance passive.

Cette résistance n'a qu'un impératif : abattre le National-Socialisme. Ne négligeons rien pour y tendre. Il faut atteindre le nazisme partout où cela est possible. Cette caricature d'État recevra bientôt le coup de grâce ; une victoire de l'Allemagne fasciste aurait des conséquences imprévisibles, atroces. L'objectif premier des Allemands doit être la défaite des nazis, et non pas la victoire militaire contre le bolchevisme. La lutte contre le nazisme doit absolument venir au premier plan. Dans un de nos prochains tracts, nous démontrerons l'extrême nécessité de cette exigence.

          Chaque ennemi du nazisme doit se poser la question : comment peut-il combattre le plus efficacement cet « État » actuel, et lui porter les coups les plus durs ? Sans aucun doute par la résistance passive. Il est bien évident que nous ne saurions dicter à chacun sa ligne de conduite ; nous ne donnons ici que des indications générales. A chacun de trouver la façon de les mettre en pratique.

          Sabotage dans les fabriques d'armements, les services travaillant pour la guerre, sabotage dans tous les rassemblements, manifestations, fêtes, organisations, contrôlés par le parti national-socialiste. Il faut empêcher le fonctionnement de cette machine de guerre, qui n'œuvre que pour le maintien et le succès du parti nazi et de sa dictature. Sabotage dans tous les domaines économiques et culturels, les Universités, les Écoles Supérieures, les laboratoires, les instituts de recherches, les services techniques. Sabotage dans toutes les organisations de propagande qui prétendent nous imposer la « façon de voir » des fascistes. Sabotage dans toutes les branches des arts appliqués, qui dépendent du National-Socialisme et servent sa cause. Sabotage dans la presse et la littérature, contre tous les journaux à la solde du « gouvernement », qui combattent pour ses idées et tentent de répandre ses mensonges. Ne donnez pas un sou aux collectes (même faites à des fins charitables), car elles ne sont qu'un camouflage. Le produit de ces quêtes ne va ni aux miséreux ni à la Croix-Rouge. Le gouvernement n'a pas besoin d'argent, la planche à billets tourne sans cesse et fabrique autant de papier-monnaie qu'il désire. Il veut seulement ne jamais relâcher l'oppression du peuple, et lui ôter toute liberté. Cherchez à convaincre vos amis et connaissances de l'absurdité d'une continuation de la guerre ; montrez-leur qu'elle n'offre aucune issue ; faites comprendre quel esclavage intellectuel et économique nous subissons par le nazisme, et de quel renversement de toutes les valeurs religieuses et morales cela s’accompagne ; incitez, enfin, à une résistance passive !

On lit dans la Politique d'Aristote :

« Une tyrannie s'arrange pour que rien ne demeure caché, de ce que les sujets disent ou font ; elle place des espions partout... elle dresse les hommes du monde entier les uns contre les autres, et rend ennemis les amis. Il entre dans les habitudes d'une telle administration tyrannique d'appauvrir les sujets pour payer la solde des gardes du corps afin que, préoccupés seulement de toucher leur paye, ils n'aient ni le temps, ni le loisir de fomenter des conjurations... d'établir des impôts très élevés comme ceux réclamés à Syracuse sous Dionysos, où les citoyens avaient perdu en cinq ans toute leur fortune, à payer des redevances... Enfin le tyran désire faire de la guerre un état permanent... »


DEMOCRATIE